05/05/07 - Gandoca - Le sac
Il est bientot 2 heures du matin et la pluie n a cesse.
Un melange de pluie , de sueur, de sel, et de sable imbibe mes vetements. Seconde peau pesante et froide qui rend mes pas encore plus laborieux sur cette plage qui se derobe et absorbe mes empreintes. Comme une fuite impossible d un mauvais reve.
Je me dirige d un pas lourd vers le vivier. Encore un bon kilometre dans cette penombre, un sac de quelques centaines d oeufs a la main, avant de rejoindre la zone de maturation aux accents de meilleur des mondes. Quelques kilos derobes a l imposante tortue de 2 metres qui s echine a camoufler peniblement son nid vide.
Elles sont plusieurs milliers comme elle a revenir pondre sur cette longue et etroite bande de sable coincee entre la jungle qui transpire tous ses parfums et l horizon de sel grondant sa colere, l ecume aux levres.
Apres 20 annees passes a s engrosser au large du canada, elles reviennent ici, avec l incroyable savoir genetique de deja connaitre la facon de creuser un nid, alors que jusque la, elles utilisaient leurs pattes arrieres uniquement pour nager !
Alors que les gouttes ruissellent sur mon visage, je ne sais si je prefere les chaudes nuits claires de pleine lune, quand la sueur transpire de tous mes pores a m en bruler les yeux et semble attirer tous les moustiques aux appetits feroces, aux nuits pluvieuses qui nous en preservent.
De mon unique main libre, je gratte machinalement les nombreux sequelles du passage des purujas, quand un eclair me sort de mes pensees.
Le meme flash blanc qui avait eclaire la tortue peu de temps avant, alors que le sac etait encore vide. Un de ces eclairs qui dessine la lourde masse prehistorique a la peau d elephant et aux yeux pleins de larmes.
Il me reste encore quelques centaines de metres a parcourir, accompagnes par les milliers de lucioles qui scintillent en bordure de jungle, et le sac me glisse des doigts...je suis a bout et je sais que quand je rejoindrais mon lit, sous les cris nourris des singes hurleurs et des coqs, aux premieres couleurs d un peintre patient, je serais vide.
Pourtant c etait comme un baume lorsque j avais cale le sac dans le nid et allonge ma tete entre les pattes arrieres de la tortue, au plus pres de la chaude odeur d accouchement.
La masse sombre s effrite legerement et laisse percer quelques rayons de lune. Le vivier se profile au loin. Le sac y sera vide, les oeufs reenterres et dans 60 jours en surgira un faible pourcentage de petites tortues qui immediatement se dirigeront vers la mer, si vulnerable pour affronter la vie.
Mon bras est ankylose, je m enfonce sous le poids du sac. D une main j essuie mon front du melange de pluie et de sable. Le vivier est a quelques metres.
Il est 2 heures du matin, la pluie a cesse.
Pierre

Commentaires
nene et tom le 11/05/2007 à 03:29:07Slt Francis (Lalanne), tu nous avait cacher tes talents de poete.
Magnus le 12/05/2007 à 02:15:18
Superbe texte ! Vraiment !
BBert le 12/05/2007 à 17:02:30
Très zolis pierre... c'est un régal de te lire !!!
schneteur le 19/05/2007 à 12:49:20
mince! ca fait 6 mois que je suis un fervant admirateur de votre blog et je viens juste de découvrir qu'il y a des articles.... En tout cas agréable surprise, Peter tu touches pas mal!
jo le 29/05/2007 à 19:27:59
Trop mimi, pierrot mon pote !
Biz